Manx : le chat sans queue de l’île de Man, et ce que coûte sa mutation

Ce que vous allez trouver16 sections
- Carte d’identité du manx
- Le chat de l’île de Man
- Les types de queue
- L’histoire de la race
- Le physique du manx
- Le caractère
- Le cymric et les autres variantes
- La génétique de la queue courte
- La santé du manx
- Ce que dit la loi
- Les autres chats sans queue
- Un chat sans queue qui n’est pas un manx
- Avant d’adopter un manx
- Combien coûte un chaton manx ?
- Le manx dans la culture
- Questions fréquentes
Le manx est le chat de l’île de Man, une petite île de la mer d’Irlande, entre la Grande-Bretagne et l’Irlande. Il est connu pour n’avoir pas de queue, ou seulement un moignon. Cette absence de queue vient d’une mutation d’un gène appelé T, identifiée en 2013, qui a prospéré sur l’île faute de brassage avec d’autres chats. Elle a un prix : deux copies du gène sont mortelles pour l’embryon, et quand la mutation raccourcit trop la colonne, elle peut causer des malformations graves, regroupées sous le nom de « syndrome du manx ».
Si vous cherchez un « chat sans queue », le manx n’est pas le seul : son cousin à poil long, le cymric, mais aussi le bobtail japonais, le kurilian bobtail, l’american bobtail ou le pixie-bob ont une queue absente ou raccourcie, pour des raisons génétiques parfois très différentes. Et un chat de gouttière peut perdre sa queue après un accident. Cette fiche fait le point sur la race, son histoire, sa génétique, sa santé, et sur les autres chats sans queue, pour vous aider à comprendre ce que vous adoptez.
Ce contenu est donné à titre informatif. Il ne remplace pas la visite et l’avis d’un vétérinaire.
Carte d’identité du manx
| Origine | Île de Man, en mer d’Irlande |
| Signe particulier | Pas de queue, ou une queue plus ou moins courte ; pattes arrière plus longues que les pattes avant ; tête ronde |
| Taille | Moyenne ; au début du XXe siècle, les mâles pesaient souvent 4,5 à 5,5 kg et les femelles 3,5 à 4,5 kg |
| Pelage | Double, dense ; court chez le manx, mi-long chez le cymric |
| Robe | Toutes couleurs et tous patrons aujourd’hui, selon les registres |
| Yeux | Grands et ronds, souvent dorés |
| Caractère | Décrit comme sociable, docile et actif ; bon chasseur |
| Variante à poil long | Le cymric, parfois considéré comme une race à part |
| En France | Reconnu en championnat par le LOOF (2026), avec le cymric |
Le chat de l’île de Man
Une île au milieu des îles Britanniques
L’île de Man se trouve en mer d’Irlande, à 29 km des côtes écossaises, à 48 km de l’Angleterre et à 53 km de l’Irlande. Elle mesure 53 km de long sur 21 de large, pour 572 km². Ce n’est ni une partie du Royaume-Uni ni un État indépendant : c’est une dépendance de la Couronne britannique, largement autonome, dont le parlement, le Tynwald, serait le plus ancien parlement en fonctionnement continu au monde. Sa langue celtique, le mannois, a donné leur nom local à ses chats.
C’est cet isolement qui explique le manx. Sur une île, la population de chats est petite et se renouvelle peu : une mutation apparue par hasard peut s’y répandre bien plus vite que sur un continent. Les biologistes parlent d’effet fondateur.
Les noms du chat en mannois
En mannois, le chat de l’île s’appelle kayt Manninagh, littéralement « chat de Man », ou kayt cuttagh, « chat à queue courte ». Sur l’île, on distinguait autrefois les stubbin, à queue courte, et les rumpy, sans queue. Le mot manx lui-même s’écrivait souvent manks en anglais jusqu’à la fin du XIXe siècle. Le chat était aussi appelé lughder, le « chasseur de souris », signe de sa réputation de chasseur.
Un emblème national
Le manx est l’un des symboles de l’île, avec le triskèle de son drapeau et le mouton loaghtan, une race locale à laine brune qui porte le plus souvent quatre cornes. Le chat figure sur plusieurs pièces commémoratives, en 1970, en 1975, puis dans une série annuelle lancée en 1988 ; il apparaît aussi, en entrelacs celtiques, sur la pièce d’un penny de 1980 à 1983. De nombreux timbres de l’île lui sont consacrés depuis les années 1980, dont une série de 2011 qui reprend des cartes postales de l’époque victorienne.
Si vous visitez l’île, vous le croiserez surtout sur les souvenirs : Wikipedia rappelle que les manx restent une part importante, mais en baisse, de la population féline locale.
Les types de queue
Le manx ne se résume pas à « pas de queue ». Dans une même portée, les chatons peuvent avoir des queues de toutes les longueurs, et cette longueur, proportionnellement au corps, ne change pas après la naissance. On distingue en général cinq types :
- Rumpy : aucune queue, parfois seulement une petite touffe de poils à l’endroit où elle aurait poussé.
- Rumpy riser : une petite bosse de cartilage sous la fourrure, surtout visible quand le chat, content, soulève l’arrière de son corps.
- Stumpy : un moignon de vertèbres soudées, jusqu’à environ 3 cm.
- Stubby : une queue courte, aux vertèbres non soudées, qui peut atteindre la moitié d’une queue normale.
- Longy : une queue de la moitié à la longueur normale.
En exposition, seuls les chats sans queue ou à très court moignon correspondent en général au standard. En France, le LOOF classe les manx et cymrics longy parmi les auxiliaires d’élevage : ils servent à la reproduction sans concourir. Ils sont précieux, car un manx à queue longue ne porte pas la mutation et permet d’éviter d’associer deux porteurs.
L’histoire de la race
Une mutation sur une île
Wikipedia indique que les chats sans queue étaient connus comme chats de l’île de Man dès le début du XIXe siècle. Comme tous les chats domestiques, y compris ceux de Grande-Bretagne et d’Irlande, ils descendent du chat sauvage d’Afrique, et non du chat sauvage d’Europe, absent de l’île depuis longtemps. La mutation est apparue spontanément et s’est répandue grâce au petit nombre de chats qui y vivaient.
Des populations de chats sans queue existent aussi ailleurs en Europe, notamment en Cornouailles, à 400 km de l’île de Man, et sur la presqu’île danoise de Reersø, où des chats d’origine mannoise auraient pu arriver par bateau. On en signale aussi en Crimée, sans que l’on sache s’ils sont apparentés au manx.
Réputés bons chasseurs, les manx ont été recherchés par les fermiers qui avaient des problèmes de rongeurs, et embarqués comme chats de navire.
Les débuts en exposition
Les manx sont présentés en exposition, comme race distincte, depuis la fin du XIXe siècle. À l’époque, peu d’expositions leur réservaient une catégorie, et ils concouraient souvent parmi les « autres variétés ». Le premier standard connu, encore informel, est publié en 1903 par Charles Henry Lane, lui-même propriétaire d’un rare manx blanc sans queue primé, Lord Luke. Tous les connaisseurs n’étaient pas conquis : en 1908, l’auteur Frank Townend Barton jugeait que la perte de la queue n’ajoutait rien à la beauté du chat.
Aux États-Unis, le manx est l’une des premières races reconnues par la Cat Fanciers’ Association, fondée en 1908, qui conserve des registres de la race depuis les années 1920.
Les couleurs d’origine
Aujourd’hui, le manx existe dans presque toutes les couleurs, à cause des croisements. Les chats d’origine étaient moins variés : Lane ne signalait en 1903 que des roux, très communs, des roux et blanc, des crème tigrés, quelques écailles de tortue et de très rares blancs. Les couleurs les plus courantes aujourd’hui sont le tigré, l’écaille de tortue, le calico et les couleurs unies. Voyez notre article sur le chat écaille de tortue.
Les légendes
Wikipedia rapporte de nombreuses histoires, toutes relativement récentes, pour expliquer l’absence de queue. Aucune n’a de fondement :
- Noé aurait fermé la porte de l’Arche sur la queue d’un chat retardataire.
- Un chat sans queue aurait gagné l’île à la nage après le naufrage d’un navire de l’Invincible Armada, près du cap appelé Spanish Head. Rien ne prouve ce naufrage, et les chats sans queue ne sont pas courants en Espagne.
- Le manx serait né du croisement d’un chat et d’un lapin, ce qui expliquerait ses longues pattes arrière et sa démarche parfois sautillante : c’est génétiquement impossible.
- Selon une anecdote rapportée à propos du cymric, les habitants auraient coupé la queue des chats pour que les portes se referment plus vite et gardent la chaleur, lors d’un hiver très froid.
- On croyait même qu’il suffisait qu’un manx soit dans les parages pour que des chats d’autres races donnent naissance à des chatons sans queue : une croyance née du fait que le gène dominant se transmet facilement lors de croisements discrets.
Des cartes postales humoristiques de l’île montrent aussi des chats dont la queue est coupée par une moto, clin d’œil aux célèbres courses motocyclistes de l’île.
Le physique du manx
Le corps et les pattes
Le manx est un chat de taille moyenne, à la poitrine large, aux épaules tombantes et aux flancs plats, musclé sans être lourd. Ses pattes arrière, nettement plus longues que les pattes avant, placent la croupe plus haut que les épaules : le dos forme une courbe continue qui lui donne une silhouette arrondie, souvent comparée à celle d’un lapin. Les pattes avant sont fortes et droites.
La tête et les yeux
La tête est ronde, sur un cou assez long. Les oreilles, plutôt grandes, sont droites et arrondies au bout. Les yeux sont grands et ronds, le coin extérieur un peu plus haut que le coin intérieur. En l’absence d’ancêtres aux yeux bleus, ils sont souvent d’une nuance de doré.
Le pelage
Qu’il soit court ou mi-long, le pelage du manx est double et épais. Chez le manx à poil court, la race d’origine, un sous-poil dense et doux est couvert de poils de garde plus longs et plus rêches. Chez le cymric, le poil est soyeux et mi-long, avec une « culotte » sur les cuisses, une collerette et des touffes entre les doigts.
Les standards varient selon les registres : le GCCF britannique considère le manx comme une variante du british shorthair, et n’accepte que les robes admises chez celui-ci. Voyez notre fiche du british shorthair.
Et l’équilibre ?
Un manx sans queue ne tombe pas plus qu’un autre chat. Chez le chat, l’équilibre dépend surtout de l’oreille interne ; la queue y participe, mais le chat n’en dépend pas, contrairement au rat, chez qui elle représente une part importante de la masse du corps.
Le caractère
Les amateurs décrivent souvent le manx comme un chat au comportement de chien. Wikipedia note que ce portrait n’apparaît pas dans les descriptions anciennes : Lane, en 1903, le trouvait simplement docile, de bon caractère et sociable, et attendait d’un chat d’exposition qu’il soit alerte, actif et énergique. Sa réputation de chasseur de souris, elle, est ancienne.
Et sans queue, comment se fait-il comprendre ? Chez tous les chats, la queue n’est qu’un des signaux du langage corporel, à côté de la position des oreilles, du regard, du poil et de l’attitude générale : un manx garde tous les autres.
Le cymric et les autres variantes
Le cymric, le manx à poil long
Le cymric est un chat sans queue ou à queue courte, issu du manx, au poil mi-long à long. Son nom vient de Cymru, le nom gallois du pays de Galles, alors que la race n’a aucun lien avec ce pays : elle a été développée au Canada. Des chatons à poil long naissaient déjà de manx sur l’île, mais les éleveurs les écartaient ; dans les années 1960, des chatons semblables nés au Canada ont été élevés volontairement. Le Canada lui a même consacré une pièce commémorative de 50 cents en 1999.
Les registres ne s’accordent pas sur son statut :
- la CFA américaine le considère comme une variété de manx, le « manx longhair », et le juge avec les chats à poil court ;
- la TICA le juge parmi les chats à poil long, comme une race distincte ;
- la FIFe le reconnaît depuis 2006 ;
- en France, le LOOF le reconnaît en championnat, en correspondance avec le manx.
Les variantes plus rares
Quelques variantes ne sont reconnues que par des registres de Nouvelle-Zélande : l’Isle of Man Shorthair et l’Isle of Man Longhair, des manx et cymrics à queue entière, et le Tasman Manx, un manx au poil bouclé apparu en Australie et en Nouvelle-Zélande.
La génétique de la queue courte
Le gène T et la brachyury
En 2013, une équipe de chercheurs a séquencé le gène T chez plusieurs lignées indépendantes de manx des États-Unis et de l’île de Man. Elle y a trouvé quatre mutations différentes : trois délétions d’une seule « lettre » de l’ADN et une duplication-délétion. Toutes décalent la lecture du gène et raccourcissent la protéine qu’il fabrique, la brachyury, indispensable au développement de la queue chez l’embryon.
Les chercheurs ont montré que :
- 95 % des manx à queue courte étudiés portaient une copie mutée du gène ;
- chaque mutation se retrouvait surtout dans une lignée donnée ;
- l’une d’elles est partagée avec l’american bobtail et le pixie-bob, deux races développées plus récemment aux États-Unis ;
- la protéine mutée active beaucoup moins bien les gènes qu’elle contrôle.
Une seule copie normale ne suffit donc pas à fabriquer une queue complète : c’est ce que les généticiens appellent une haploinsuffisance. Chez d’autres espèces, notamment la souris, des mutations de ce même gène provoquent aussi des défauts de la queue ; chez l’humain, elles sont associées à des anomalies du tube neural.
Une mutation dominante, mortelle en double
La mutation est dominante : une seule copie suffit à raccourcir la queue. Deux copies sont mortelles pour l’embryon, qui meurt avant la naissance ; un chaton vivant n’en porte donc jamais qu’une. C’est pourquoi les éleveurs évitent de croiser deux manx sans queue. Deux manx à queue entière, eux, n’ont que des chatons à queue entière, puisqu’aucun ne porte la mutation.
Pourquoi la longueur varie autant
La mutation détermine si la queue sera raccourcie, pas de combien. En 1993, le généticien R. Robinson estimait que la variation de cette expression, qui touche le squelette de l’arrière-train, le système nerveux et les tissus mous, est en partie héréditaire, avec une héritabilité d’environ 0,40. Il ne trouvait pas de trace d’un avantage du gène lors de la formation des cellules reproductrices, contrairement à l’hypothèse avancée en 1980 par un autre chercheur pour expliquer que le gène se maintienne malgré sa létalité.
Le projet de séquençage du génome du manx
Lancé en août 2015 sur l’île de Man grâce à un financement participatif, le Manx Cat Genome Project a séquencé le génome complet d’une femelle manx calico sans queue, Bonnag. Il cherche à savoir quels gènes contrôlent la longueur de la queue, lesquels interviennent dans le syndrome du manx, et à mettre au point des tests pour écarter de la reproduction les chats à risque. Le deuxième génome choisi est celui d’un chaton euthanasié à cause du syndrome.
Faut-il un test génétique ?
Pour savoir si un chat porte la mutation, il suffit en général de regarder sa queue. Mais la revue de 2024 consacrée aux tests génétiques chez le chat recommande de tester les manx et cymrics : il existe quatre variants connus, et l’on ne sait pas encore si certains sont plus souvent liés au syndrome du manx. Le test permettrait de le découvrir. La même revue conseille d’envisager une prise en charge de la douleur chez les chats porteurs de l’un de ces variants.
La santé du manx
Le syndrome du manx
Wikipedia décrit le syndrome du manx : quand le gène raccourcit trop la colonne, il peut endommager la moelle épinière et les nerfs, avec une forme de spina bifida, et des troubles de la vessie, de l’intestin et de la digestion. Une vessie très petite en est un signe. Il est souvent difficile à diagnostiquer, la mort peut survenir brutalement, et certains chats atteints ne vivent que trois ou quatre ans. Dans une étude qu’elle cite, environ 30 % des manx examinés étaient touchés, presque tous des chats sans queue, ceux chez qui la mutation s’exprime le plus fortement.
En 1979, deux chercheurs publiant dans la revue vétérinaire canadienne ont croisé des chats sans queue et examiné leurs chatons, du squelette au système nerveux. Ils ont confirmé que l’absence de queue se transmet comme un caractère dominant, et avancé que la spina bifida, l’incontinence urinaire et fécale et les troubles de la marche des pattes arrière viennent d’une même perturbation du développement du système nerveux, très tôt chez l’embryon.
La revue de 2024 sur les tests génétiques résume : les variants responsables de l’absence de queue entraînent souvent boiterie, incontinence et constipation, parce qu’ils perturbent les vertèbres du sacrum et de la queue et les nerfs qui s’y rattachent.
Des cas décrits par les vétérinaires
Quelques observations publiées montrent ce que peut recouvrir ce syndrome :
- un chaton manx de 15 semaines présenté pour une faiblesse progressive et une démarche instable des pattes arrière, dues à une malformation d’une vertèbre thoracique qui comprimait la moelle ; une chirurgie de décompression a amélioré son état ;
- un chat de type manx de 8 mois chez qui une masse de la peau, près du sacrum, laissait s’écouler un liquide clair : les examens ont révélé une moelle « attachée » et une poche de méninges reliée à la peau, opérées pour éviter l’aggravation des troubles ;
- dans une série de 45 chats incontinents suivis dans un hôpital vétérinaire universitaire, deux étaient des manx, dont l’un souffrait d’une malformation de la moelle épinière.
Si votre manx urine ou fait ses besoins sans contrôle, s’il se souille, s’il marche de façon étrange ou s’il semble souffrir, consultez votre vétérinaire. Voyez aussi notre article sur le chat qui fait pipi partout, qui aide à distinguer un problème de comportement d’un problème médical.
Les queues partielles
Certaines queues partielles sont sujettes à une forme d’arthrose très douloureuse, et quelques chatons naissent avec une queue courte et coudée, parce qu’elle ne s’est pas développée entièrement. Pendant longtemps, les queues longues des chatons manx étaient coupées quelques jours après la naissance, en prévention, ou pour faire passer de simples chats britanniques pour des manx. Cette pratique est aujourd’hui illégale dans de nombreux pays, dont une grande partie de l’Europe.
Les plis de peau, la cornée et le côlon
Wikipedia cite encore :
- une inflammation des plis de peau de la croupe, appelée intertrigo ;
- une maladie héréditaire de la cornée : décrite en 1976 dans une lignée consanguine de manx, elle débute vers quatre mois par un gonflement de la cornée, puis évolue vers des cloques et la destruction de sa surface ;
- le mégacôlon, une constipation chronique qui peut devenir grave : sans queue, les muscles qui poussent normalement les selles vers le rectum peuvent perdre leur efficacité. Voyez notre article sur le chat constipé.
À l’inverse, le manx était nettement sous-représenté dans une étude de plus de 5 000 cas de calculs urinaires d’urate.
Ce que dit la revue britannique de 2025
La revue britannique de 2025 sur le bien-être des chats de race range l’absence de queue parmi les traits qui posent question : les chats nés sans queue ou avec une queue très courte ont davantage de malformations des vertèbres et un risque plus élevé de spina bifida. Wikipedia cite aussi le spécialiste du chat Roger Tabor, pour qui seule l’ancienneté de la race empêche d’être aussi critique envers ce gène qu’envers des anomalies sélectionnées plus récemment. Ce débat touche aussi d’autres races bâties sur une particularité physique, comme le scottish fold et ses oreilles pliées, ou le munchkin et ses pattes courtes.
Ce que dit la loi
La convention européenne pour la protection des animaux de compagnie, publiée en France par le décret du 11 mai 2004, demande à toute personne qui sélectionne un animal pour la reproduction de tenir compte des caractéristiques anatomiques, physiologiques et comportementales qui peuvent compromettre la santé et le bien-être des petits ou de la mère.
La même convention demande d’interdire les interventions chirurgicales destinées à modifier l’apparence d’un animal, et cite en premier la coupe de la queue ; une exception n’est possible que si un vétérinaire la juge nécessaire pour des raisons médicales ou dans l’intérêt de l’animal. Elle permet toutefois aux États de formuler une réserve sur ce seul point. En pratique, raccourcir la queue d’un chaton manx pour des raisons esthétiques ne se justifie pas : seul un vétérinaire peut décider d’une amputation, pour soigner.
La fédération féline australienne et, moins strictement, le GCCF britannique imposent des restrictions à l’élevage du manx et du cymric, pour des raisons de bien-être.
Les autres chats sans queue
Le manx n’est pas la seule race à queue courte. En 2013, les chercheurs en comptaient cinq : l’american bobtail, le manx, le pixie-bob, le kurilian bobtail et le bobtail japonais. Toutes ne doivent pas leur queue au même gène, et ce n’est pas un détail : c’est ce qui fait la différence pour la santé.
| Race | Origine | La queue | Le gène | Au LOOF (2026) |
|---|---|---|---|---|
| Manx et cymric | Île de Man ; Canada pour le cymric | Absente à longue | T, dominant, mortel en double | En championnat |
| Bobtail japonais | Japon | Toujours un peu de queue, coudée ou en pompon | HES7 | En championnat |
| Kurilian bobtail | Îles Kouriles, Sakhaline, Kamtchatka | Courte et touffue | HES7 | En championnat |
| American bobtail | États-Unis, fin des années 1960 | Un tiers à la moitié d’une queue normale | Dominant ; une mutation du gène T partagée avec le manx | En championnat |
| Pixie-bob | États-Unis, années 1980 | Courte, de l’absence à la queue entière | Une mutation du gène T partagée avec le manx | En championnat |
| Mekong bobtail | Asie du Sud-Est, race développée en Russie | Courte et coudée | Non précisé par les sources consultées | Absent de la liste |
Le bobtail japonais
Connu au Japon depuis des siècles, le bobtail japonais a toujours au moins un peu de queue, en forme de pompon ou coudée, jamais droite comme celle d’un manx. Il a les yeux en amande, le visage triangulaire et de grandes oreilles. Sa queue vient d’un autre gène, HES7, sans lien avec celui du manx ; Wikipedia le décrit comme récessif et indique qu’il n’est pas associé à des malformations de la colonne. Le maneki-neko, le chat porte-bonheur à la patte levée des boutiques japonaises, représente un bobtail japonais, souvent calico, la robe réputée la plus chanceuse.
Les chats à queue courte et coudée sont d’ailleurs anciens dans toute l’Asie du Sud-Est et le sud de la Chine, où on les appelait « queue de qilin », du nom d’un animal mythique, symbole de fortune. Charles Darwin notait déjà en 1868 que, dans une immense région allant de l’archipel malais à la Birmanie, les chats avaient des queues tronquées, souvent nouées au bout. Le bobtail japonais descendrait de ces populations ; il n’a été enregistré officiellement comme race que dans les années 1960.
Le kurilian bobtail
Originaire des îles Kouriles, de Sakhaline et du Kamtchatka, il est connu sur les îles depuis plus de deux cents ans. Il a une queue courte et touffue, un dos légèrement arqué et, comme le manx, des pattes arrière plus longues que les pattes avant. Il partage avec le bobtail japonais le même gène de queue courte.
L’american bobtail
Développé à la fin des années 1960 aux États-Unis à partir d’un mâle tigré brun à queue courte, Yodie, marié à une femelle siamoise, l’american bobtail a une queue d’un tiers à la moitié de la longueur normale. Une légende le dit issu d’un lynx roux : c’est faux, il s’agit d’une mutation spontanée. La plupart des premières lignées ont disparu, et la race a été remaniée pour exister aujourd’hui dans presque toutes les couleurs, à poil court comme à poil long. Elle est reconnue par la TICA depuis 1989.
Le pixie-bob
Tout commence en 1985, près du mont Baker, aux États-Unis, quand Carol Ann Brewer acquiert un mâle tigré moucheté, à queue courte et polydactyle, puis recueille un grand mâle à queue courte, Keba, réputé fils d’un lynx roux. De son union avec une chatte du voisinage naît Pixie, la fondatrice de la race. Sélectionné à partir de chats que l’on croyait croisés avec le lynx roux, le pixie-bob est considéré comme entièrement domestique : les tests ADN n’ont pas trouvé de trace du lynx. C’est un grand chat tigré moucheté, souvent polydactyle, dont la queue va de l’absence à la longueur normale. Voyez notre article sur la patte de chat pour comprendre la polydactylie. Au LOOF, les pixie-bobs à queue longue sont des auxiliaires d’élevage.
Le mekong bobtail
Ses ancêtres faisaient partie des quelque deux cents chats offerts au tsar Nicolas II par le roi de Siam ; la race a été développée en Russie et reconnue par la World Cat Federation en 2004. Sa queue coudée compte au moins trois vertèbres, mais reste plus courte qu’un quart du corps. Il n’apparaît pas dans la liste des races du LOOF en 2026.
Un chat sans queue qui n’est pas un manx
La queue arrachée
Un chat de gouttière peut perdre sa queue, ou son usage, après un accident. La lésion la plus connue est l’arrachement de la queue, qui disjoint les vertèbres entre le sacrum et la queue. Selon la fondation vétérinaire EveryCat, elle survient souvent avec une porte de maison ou de garage, une clôture ou une voiture. Les nerfs qui commandent la vessie et l’intestin passent à cet endroit : le chat peut ne plus bouger la queue, et devenir incontinent.
Deux études donnent des repères :
- dans une série de 70 chats atteints, 55 des 61 chats suivis ont retrouvé le contrôle de leur vessie ; plus les signes neurologiques étaient graves, moins la récupération était probable, et plus elle était longue ;
- dans la série commentée par EveryCat, 11 chats sur 15 opérés rapidement pour stabiliser la queue en ont retrouvé l’usage, et 5 des 8 chats incontinents ont retrouvé une vessie normale.
L’amputation précoce de la queue est souvent inutile ; elle se discute quand les racines nerveuses sont sectionnées ou quand le chat s’automutile. Si votre chat traîne la queue, ne la lève plus ou se souille après une sortie, c’est une urgence vétérinaire.
Un chat croisé à queue courte
Le gène du manx est dominant et passe facilement dans d’autres lignées, souvent sans que les propriétaires le sachent : croisé avec un chat ordinaire, un manx donne en général des chatons aux queues de longueurs variées. Un chaton de gouttière à queue courte ou absente peut donc porter une mutation de type manx, avec les mêmes risques. Si c’est le cas du vôtre, surveillez de la même façon sa démarche, sa propreté et son transit, et parlez-en à votre vétérinaire. Tous les chats à queue courte ne sont pas pour autant des porteurs : chez les chats à queue courte et coudée venus d’Asie, comme le bobtail japonais, la cause est un autre gène.
L’amputation pour soigner
Une queue peut aussi être amputée pour d’autres raisons médicales. Dans la série de 45 chats incontinents évoquée plus haut, deux chats ont été amputés pour faciliter leur hygiène. Comme pour le manx, l’absence de queue ne prive pas le chat de son équilibre, qui dépend surtout de l’oreille interne.
Avant d’adopter un manx
Avant de vous engager, posez quelques questions à l’éleveur :
- Comment choisit-il ses reproducteurs ? Évite-t-il de croiser deux manx sans queue, et utilise-t-il des manx à queue longue ?
- Fait-il tester ses chats pour connaître le variant du gène T qu’ils portent ?
- Quel suivi vétérinaire ont les parents, et y a-t-il eu des chatons atteints du syndrome du manx dans ses portées ?
- À quel âge cède-t-il ses chatons ? Le syndrome peut se révéler dans les premiers mois : un chaton qui a déjà quelques semaines de propreté derrière lui donne plus de recul.
Chez le chaton, soyez attentif à la démarche des pattes arrière, à la propreté et à la région de la croupe, et faites-le examiner rapidement par un vétérinaire. Voyez notre guide pour adopter un chaton, et notre article sur l’assurance pour chat, à regarder de près pour une race exposée à des malformations congénitales.
Combien coûte un chaton manx ?
En septembre 2026, nous n’avons trouvé qu’un seul éleveur de manx en France qui affiche son prix : 800 € pour un chaton. Un seul prix ne fait pas une moyenne : d’autres éleveurs répondent au cas par cas, et leurs tarifs peuvent être différents. Demandez-les directement.
Ce prix concerne un chaton non stérilisé, dont l’annonce ne précise pas la destination. Le même élevage affichait en 2025 des prix différents selon la queue : 1 200 € pour un stumpy, à queue courte, et 600 € pour un longie, à queue longue.
Ce que le prix doit comprendre, au minimum, c’est ce que la loi impose à tout vendeur : un chaton âgé d’au moins huit semaines, identifié avant la cession, avec le certificat vétérinaire et, pour un chat vendu comme « de race », un pedigree du LOOF. Beaucoup d’annonces ajoutent les premiers vaccins, un vermifuge, parfois la stérilisation ou un sac de départ : lisez le détail avant de comparer deux prix.
Ces montants sont ceux que les éleveurs affichent ; ils varient avec la couleur, la lignée, la destination du chaton et la région, et ils évoluent avec le temps. Un prix ne dit rien, à lui seul, du sérieux d’un élevage. En revanche, un chaton de race proposé très en dessous de ces prix doit vous alerter : chaton sans pedigree, séparé trop tôt de sa mère, ou annonce frauduleuse qui réclame un acompte pour un animal qui n’existe pas.
Le manx dans la culture
Le personnage de Stimpy, dans le dessin animé américain The Ren & Stimpy Show, est un manx. Voyez notre article sur les chats célèbres des dessins animés.
Questions fréquentes
Combien coûte un chaton manx ?
En septembre 2026, le seul éleveur de manx que nous avons trouvé avec un prix affiché demande 800 €.
Pourquoi le chat de l’île de Man n’a-t-il pas de queue ?
À cause d’une mutation du gène T, identifiée en 2013, qui réduit l’activité d’une protéine nécessaire au développement de la queue. Elle s’est répandue sur l’île de Man parce que la population de chats y était petite et isolée.
Tous les manx sont-ils sans queue ?
Non. Dans une même portée, on trouve des chatons sans queue, avec un moignon, une queue courte ou une queue presque normale. Seuls les chats sans queue ou à très court moignon correspondent en général au standard d’exposition.
Deux manx sans queue peuvent-ils avoir des chatons ?
Les éleveurs l’évitent : deux copies du gène sont mortelles pour l’embryon.
Qu’est-ce que le syndrome du manx ?
Un ensemble de malformations de la colonne et des nerfs, dont une forme de spina bifida, avec des troubles de la vessie, de l’intestin et de la marche. Il touche surtout les manx sans queue.
Un chat sans queue a-t-il des problèmes d’équilibre ?
Non : chez le chat, l’équilibre dépend surtout de l’oreille interne. La queue y participe, mais le chat n’en dépend pas.
Quelles races de chats n’ont pas de queue ?
Le manx et le cymric sont les plus connus ; le pixie-bob peut lui aussi naître sans queue. Le bobtail japonais, le kurilian bobtail, l’american bobtail et le mekong bobtail ont une queue raccourcie.
Quelle est la différence entre le manx et le bobtail japonais ?
Le bobtail japonais a toujours un peu de queue, coudée ou en pompon, due à un autre gène qui n’est pas associé aux malformations de la colonne. Le manx peut n’avoir aucune queue, à cause d’un gène dominant qui peut causer le syndrome du manx.
Quelle est la différence entre le manx et le cymric ?
La longueur du poil : le cymric est la version à poil mi-long du manx. Selon les registres, c’est une race à part ou une simple variété.
Mon chat a perdu sa queue dans un accident : est-ce grave ?
Un arrachement de la queue peut toucher les nerfs de la vessie et de l’intestin. Consultez un vétérinaire en urgence. La plupart des chats retrouvent le contrôle de leur vessie, surtout quand les signes neurologiques sont légers.
Le manx est-il reconnu en France ?
Oui : le LOOF le compte parmi ses races en championnat en 2026, avec le cymric, sa variante à poil long.
Sources (29)
- Wikipedia — Manx cat (nouvel onglet)
- Buckingham et al., Multiple mutant T alleles cause haploinsufficiency of Brachyury and short tails in Manx cats, Mammalian Genome, 2013 (Europe PMC) (nouvel onglet)
- Roberts et al., A framework to refocus the conversation around the welfare of UK purebred cats, Animal Welfare, 2025 (Europe PMC) (nouvel onglet)
- LOOF — Liste des races, version au 1er janvier 2026 (PDF) (nouvel onglet)
- Légifrance — Décret n° 2004-416 portant publication de la convention européenne pour la protection des animaux de compagnie (nouvel onglet)
- Wikipédia — Manx (chat) (nouvel onglet)
- Wikipédia — Cymric (nouvel onglet)
- Wikipedia — Cymric cat (nouvel onglet)
- Wikipédia — Île de Man (nouvel onglet)
- Wikipedia — Isle of Man (nouvel onglet)
- Wikipedia — Manx Loaghtan (nouvel onglet)
- Wikipedia — T-box transcription factor T (nouvel onglet)
- Wikipedia — Japanese Bobtail (nouvel onglet)
- Wikipedia — Kurilian Bobtail (nouvel onglet)
- Wikipedia — American Bobtail (nouvel onglet)
- Wikipedia — Pixie-bob (nouvel onglet)
- Wikipedia — Mekong Bobtail (nouvel onglet)
- Wikipedia — Cat communication (nouvel onglet)
- Lyons et al., Genetic testing: practical dos and don’ts for cats, Journal of Feline Medicine and Surgery, 2024 (Europe PMC) (nouvel onglet)
- Deforest et Basrur, Malformations and the Manx syndrome in cats, Canadian Veterinary Journal, 1979 (Europe PMC) (nouvel onglet)
- Robinson, Expressivity of the Manx gene in cats, Journal of Heredity, 1993 (Europe PMC) (nouvel onglet)
- Adalsteinsson, Establishment of equilibrium for the dominant lethal gene for Manx taillessness in cats, Theoretical and Applied Genetics, 1980 (Europe PMC) (nouvel onglet)
- Havlicek et al., Surgical management of vertebral malformation in a Manx cat, Journal of Feline Medicine and Surgery, 2009 (Europe PMC) (nouvel onglet)
- Plummer et al., Tethered spinal cord and an intradural lipoma associated with a meningocele in a Manx-type cat, JAVMA, 1993 (Europe PMC) (nouvel onglet)
- Bistner et al., Hereditary corneal dystrophy in the Manx cat, Investigative Ophthalmology, 1976 (Europe PMC) (nouvel onglet)
- Lonc et al., Retrospective analysis of diagnoses and outcomes of 45 cats with micturition disorders presenting as urinary incontinence, Journal of Veterinary Internal Medicine, 2020 (Europe PMC) (nouvel onglet)
- Couper et De Decker, Evaluation of prognostic factors for return of urinary and defecatory function in cats with sacrocaudal luxation, Journal of Feline Medicine and Surgery, 2020 (Europe PMC) (nouvel onglet)
- EveryCat Health Foundation — Tail avulsion in cats (nouvel onglet)
- Chatterie les Khans d’Ellan Vannin — tarifs des chatons, relevés en septembre 2026 (nouvel onglet)
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